Pour se rendre d'Europe au Sud-Kivu, on prend l'avion vers Kigali
(Rwanda) et on emprunte ensuite la voie terrestre qui relie Kigali
à Bukavu (RD Congo). On passe sans transition d'un réseau routier
asphalté et entretenu, bordé de villages aux maisons construites
en " dur ", à une piste boueuse, collante et glissante,
dont le tracé n'est jamais très clair entre les cases en planches
ou torchis. Pour une première visite, le contraste est saisissant.
La région est à ce point désorganisée que l'on se demande
comment les habitants peuvent encore y vivre, travailler, fonder une
famille, éduquer les enfants, survivre… La débrouillardise ici
est légendaire. Vivre d'expédients fait partie du quotidien.Dans ce grand désordre, quelques structures subsistent. L'Eglise
catholique, avec son réseau de paroisses et de séminaires, est
très vivante. A Goma, la cathédrale accueille chaque
dimanche trois services de mille fidèles, durant plus de deux
heures chacun ! L'Eglise reste un facteur de promotion et de
maintien de la paix, avec la santé, qui lui est souvent liée.
Le système sanitaire est un héritage colonial. Par la force des
choses, cet outil est bien adapté au contexte : faute de moyens de
déplacement et de routes, c'est le centre de santé qui répond aux
besoins des villageois. L'hôpital de Walungu, cible principale du
soutien de notre ONG, participe activement à sa zone de santé (une
quinzaine de centres) et à son district de santé (trois zones).
Lors de mon passage dans la région, un village réouvrait son
centre de santé et demandait la reconnaissance et l'intégration
dans la zone de santé. Une visite fut organisée par le chef de
zone, le Dr Musafiri, avec accueil en bonne et due forme,
déclaration d'intention du chef de territoire, mise à disposition
d'un terrain à bâtir par la chefferie locale. Après évaluation
du travail déjà accompli dans un bâtiment provisoire en planches,
l'accord fut donné par le chef de zone, à la grande joie des
villageois qui accompagnèrent notre départ des belles volutes d'un
chant de groupe traditionnel.
Le système sanitaire est donc essentiellement décentralisé ;
il serait dommage de le galvauder par une recentralisation le jour
où, sorti de son interminable crise, le pays réaffectera son
infrastructure routière. En attendant ces temps meilleurs, la
population met son espoir dans les élections présidentielles de
juillet prochain.
Merci pour tout le soutien que vous apportez directement à ces
structures de santé appropriées.
Merci à tous pour l'intérêt que vous portez à cette région,
à ses habitants et leur avenir.
Recevoir les Tam-Tams du Kivu